L'analyse sociologique du suicide de Emile Durkheim.

Le sociologue Emile Durkheim : Retrouvez sa fiche biographique ici et son livre Le Suicide.

Il a cherché à montrer que le suicide pouvait se comprendre sociologiquement, c'est-à-dire détaché de l'individu. Il montre ainsi que c'est en comprenant une société que l'on comprend le suicide.

Ci-dessous quelques documents interessants (issu du blog Jay Ses) qui expliquent son analyse.

Plus que tout autre, le suicide semble être un acte éminemment individuel, qui appartient entièrement à son auteur et trouve sa source au plus profond de sa vie intime. Pour quiconque veut comprendre, il est logique de se tourner vers le psychologue ou le psychiatre, qui travaillent sur des éléments biographiques. C'est pourquoi la décision d'Emile Durkheim de procéder à une analyse sociologique du suicide peut, aujourd'hui encore, apparaître comme une provocation. De quoi se mêle ici le sociologue ? Un objet d'étude aussi singulier relève-t-il de sa compétence ? D'ailleurs, cette prétendue science sociologique a-t-elle un objet ?

Selon Durkheim, comme toute science, la sociologie construit et cherche à expliquer un certain type de faits. Ces «faits sociaux consistent en des manières d'agir, de penser et de sentir. [Ce sont des faits] extérieurs à l'individu, et qui sont doués d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s'imposent à lui ».

Les deux critères sont donc l'extériorité et la contrainte : le fait social diffère du fait biologique - non pas s'alimenter pour se nourrir, mais consommer tels ou tels aliments en compagnie de telles ou telles personnes - et du fait psychologique - sa source n'est pas la conscience individuelle.

Voici qui ne nous éclaire pas vraiment. Comment savoir s'ils sont inventés par l'esprit délirant de Durkheim ou s'ils peuplent une réalité inconnue des autres sciences ? Simplement parce que la réalité sociale oppose une résistance aux individus qui tentent de s'affranchir des règles et des disciplines sociales. Il en va ainsi des règles de droit : ceux qui enfreignent le code de la route ou fraudent le fisc s'exposent à des sanctions. Ou de la langue : pour se faire comprendre, il faut respecter le sens des mots et quelques règles de grammaire.

Certes, dans le cours ordinaire de leur existence, les individus « normaux » ne ressentent pas le poids oppressant d'une réalité extérieure contraignante. Mais cela s'explique par une socialisation « réussie » : ils respectent les règles sans trop d'efforts, agissent conformément aux attentes des autres, parce qu'ils ont intériorisé la contrainte sociale ; cette voix intérieure qui leur dicte leur comportement est celle de la société.

Cette définition du fait social s'applique-t-elle au suicide ? A priori non : elle conduirait à affirmer que c'est la société qui contraint les individus à se suicider (ce que Durkheim n'est pas loin d'affirmer lorsqu'il écrit : « Chaque société est prédisposée à livrer un contingent déterminé de morts volontaires »).Le recours aux statistiques change toutefois la perspective : l'addition de tous ces suicides singuliers fait surgir une réalité nouvelle, inobservable à l'œil nu, qui se caractérise par sa régularité et sa prévisibilité. Malgré des retournements de tendance sur de très longues périodes, le taux de suicide est en effet relativement stable à court terme. S'il ne s'agissait que d'actes purement individuels, les statistiques fluctueraient beaucoup plus d'une année à l'autre

Emporté par sa volonté de démontrer la puissance explicative de la sociologie, Durkheim avance que « les courants collectifs, en pénétrant les individus, les déterminent à se tuer ». Bien qu'il aille ici trop loin dans le déterminisme holiste (l'individu n'est que le jouet de forces qui le dépassent), toute une partie de son analyse, étayée par les statistiques, justifie une sociologie du suicide

Source : P Combemale, le suicide comme fait social, in alter éco, n°250, sept 2006.


Voici les résultats obtenus par Durkheim à la fin du XIXe :

  • les hommes se suicident plus que les femmes,

  • les vieux plus que les jeunes,

  • les personnes sans enfants plus que les parents,

  • les protestants plus que les catholiques,

  • le suicide est plus fréquent en ville qu'à la campagne, etc.

  • Le suicide se commet plus souvent de jour que de nuit et croît avec la durée du jour.

  • Il est plus fort au début de la semaine qu'à la fin, au printemps et en été qu'en automne ou en hiver.

Ces corrélations autorisent une hypothèse sociologique : le suicide est une conséquence possible d'un échec du processus de socialisation. Cette défaillance peut résulter d'un excès (l'individu se sacrifie pour son groupe) ou d'un défaut (isolement, perte des repères) de la socialisation. Sont protégés du suicide ceux qui sont intégrés dans des liens sociaux issus notamment de leurs groupes d'appartenance (leur famille, leur communauté religieuse, leurs amis), sans être pour autant enchaînés ou étouffés, tout comme ceux qui ne poursuivent pas des buts inaccessibles (parce que disproportionnés aux moyens dont ils disposent).

Source : op cité.